Qui dit « recette fiscales » dit « dépenses budgétaires », et qui dit dépenses entend bien « service public » adéquat. Au Maroc, cette simple équation ne produit pourtant pas le résultat escompté. En effet, malgré des contributions fiscales en hausse d’année en année, l’action publique ne semble pas connaitre une amélioration majeure, pour ainsi peu dire. Insuffisance des recettes ? Absence de suivi ? Singularité mathématique ? Peut-être bien… mais pas seulement ! Tribune de rappel.

 

Une gestion dans les choux :

Selon les chiffres de la Trésorerie Générale du Royaume, l’excédent budgétaire total à fin Juillet 2018 se situerait aux alentours des 36 milliards de DH, appartenant pour la plupart aux communes. Celui-ci résultait principalement de la non-exécution, d’année en année, de projets programmés. La raison principale ? Une maîtrise d’ouvrage des projets déficiente, du fait du non recours à des structures dédiées (type SDL*) et à des compétences bien payées. Les élus locaux semblent en effet bien plus polyvalents que la moyenne de la population productive, en voulant tout faire eux-mêmes !

Résultat : chaque commune, chaque région ou province a des lacunes en termes de services de base, souvent mal, ou pas du tout assurés. Une situation qui donne à réfléchir sur des champs d’action tels que :

  • le recours aux sociétés de développement pour la réalisation des projets programmés ;
  • le non report du budget des collectivités non utilisé, en le réaffectant aux autres collectivités déficitaires ;
  • la réforme de la gestion des biens publics, notamment en termes d’immobilier inexploité.
  • Etc

 

Un contrôle des dépenses sur la touche :

Bien que l’Etat Marocain entreprenne régulièrement plusieurs projets, les contribuables ont souvent l’impression de n’en profiter que très peu. En effet, le contrôle des dépenses publiques reste aujourd’hui peu concluant et dans les cas où il le serait, ne donne pas lieu (ou peu souvent) à la reddition des comptes appropriée.

Il se trouve alors que les dépenses publiques sont souvent entreprises dans une optique « d’efficacité budgétaire » plutôt que pour pallier à un réel besoin. Des prix surélevé des prestations et produits objets d’appels d’offres sur-mesure ou des dépenses superflue censées consommer les reliquats de budget en fin d’année. Telles sont quelques-unes des aberrations qui freinent la bonne allocation des ressources budgétaires, et qui échappent presque sciemment aux contrôles « old-school » mis en place par le Ministère des Finances. Un gaspillage que l’on ne peut malheureusement pas se permettre quand les services de base ne sont pas, ou sont très mal dispensés aux citoyens.

 

Des priorités pas si prioritaires :

Education, santé, pouvoir d’achat,…les fronts d’attaque prioritaires sont nombreux. Et pourtant. Chaque année, les plans de restructuration se multiplient, changent, sont mis à jour ou mis à la poubelle, sans qu’on ne perçoive une stratégie budgétaire unique, un fil rouge, dont l’objectif serait d’approcher les domaines les plus sensibles et les plus prioritaires.

Chaque année, la part belle est faite aux incitations à l’investissement, par exemple. Cela représente un véritable moteur d’accélération économique certes, mais dont la puissance sera constamment bridée tant qu’on n’a pas insufflé, en amont, à l’ensemble des opérateurs économiques et de leur force de travail, la culture d’une conscience professionnelle saine et invariable.

 

Tant de « coquilles » dans l’appareil budgétaire du pays qui ralentissent l’amélioration du service public, et par la même occasion, la condition de vie de millions de Marocains, toutes catégorie socio-professionnelles confondues.

 

 

*Société de Développement Local

 

 

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